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Je me dois de débuter ce blog par une petite explication sur son titre : #Symbioses_citoyennes. Dans son livre Le champignon de la fin du monde, Anna Lowenhaupt TSING écrit :

Fabriquer des mondes n’est pas réservé aux humains. Nous savons que les castors modifient le courant des rivières quand ils construisent des barrages, des canaux et des gîtes. Et, plus généralement, il appartient à tous les organismes d’aménager des habitats viables sans que soient au passage altérés la terre, l’air et l’eau. En outre, sans cette capacité de réappropriation et de réagencement, les espèces disparaîtraient. Ce faisant, chaque organisme a le pouvoir de changer le monde des autres. Des bactéries sont à la base de l’oxygène présent dans notre atmosphère et des plantes participent à son maintien. Des plantes poussent dans la terre parce que des champignons l’enrichissent grâce à leur faculté de digérer des pierres. Comme le suggèrent ces exemples, différents mondes, au cours même de leur développement, peuvent se chevaucher, ôtant l’idée de privilège d’une seule et même espèce. Les humains n’y échappent guère : eux aussi sont impliqués dans des fabrications multispécifiques.

Je pars de cette idée simple : les humains, la technique, la nature ne sont pas indépendants mais interdépendants, ils construisent des mondes par des agencements. Ce qui m’intéressera ici c’est donc d’examiner des symbioses, c’est-à-dire des agencements qui ne sont pas seulement biologiques mais aussi (bio)techniques, dans le sillage de Stéphane Vial : les dispositifs techniques sont – ont toujours été – des « machines philosophiques », c’est-à-dire des conditions de possibilité du réel ou, mieux, des générateurs de réalité.

Bruno Latour dans Cogitamus explique qu’il n’y a pas de progrès, pas de nature, nous avons toujours été en prise non pas avec un univers mais DES MULTIVERS fait d’humains et d’objets hybrides en co-production. Nous n’avons jamais été modernes parce que nous n’avons jamais accompli le programme de la modernité qui entendait séparer l’homme de la nature et pratiquer des sciences pour s’en rendre « maître et possesseurs ».

Ces agencements peuvent construire des mondes habitables en communs (au sens des communs de capabilté), ou des catastrophes. L’enjeu c’est de bâtir, repérer, comprendre des symbioses qui sont citoyennes parce qu’elles contribuent à des mondes habitables en communs. Ce blog en est l’exploration à partir de mon expérience professionnelle sur la transformation des services publics, de mes lectures, de l’approche des communs de capabilité, de mon territoire. Une exploration à partir de la question :  Où atterrir ? posée par Bruno Latour.

il va falloir atterrir quelque part. D’où l’importance de savoir comment s’orienter. Et donc dessiner quelque chose comme une carte des positions imposées par ce nouveau paysage au sein duquel se redéfinissent non seulement les affects de la vie publique mais aussi ses enjeux. (…)

Avez-vous remarqué que les émotions mises en jeu ne sont pas les mêmes selon que l’on vous demande de défendre la nature — vous bâillez d’ennui — ou de défendre votre territoire — vous voilà tout de suite mobilisé ? (…)

Si la nature est devenue le territoire, cela n’a plus guère de sens de parler de « crise écologique », de « problèmes d’environnement », de question de « biosphère » à retrouver, à épargner, à protéger. C’est beaucoup plus vital, existentiel — et aussi beaucoup plus compréhensible parce que c’est beaucoup plus direct. (…)

le Terrestre comme nouvel acteur-politique. L’événement massif qu’il s’agit d’encaisser concerne en effet la puissance d’agir de ce Terrestre qui n’est plus le décor, l’arrière-scène, de l’action des humains. (…)

L’observation propre au design des politiques publiques, l’attention aux détails et l’exploration d’agencements publics-privés-communs est peut-être ce qui révèlera des communs latents, au sens où l’entend Anna Lowenhaupt TSING :

Sans le progrès, qu’est-ce que lutter ? Les marginaux avaient un programme commun qui reflétait ce que nous serions tous enclins à partager dans l’idée de progrès. C’était le côté déterminé des catégories politiques, comme celle de classe sociale, avec leur mouvement continu en avant, qui nous donnait confiance dans les luttes pour faire advenir un monde meilleur. Mais qu’en est-il désormais ? C’est à cette question que s’intéresse l’écoute politique promue par Brown. Elle suggère que tout rassemblement contient de nombreux possibles politiques inachevés et que le travail politique consiste à aider certains d’entre eux à venir à l’existence. L’indétermination n’est pas la fin de l’histoire mais bien plutôt un nœud dans lequel de nombreux commencements sont en attente. Mener une écoute politique, c’est détecter les traces de programmes communs en devenir d’articulation.

(…)

Dans cette dernière acmé de champignons, comme une sorte de ressort final face aux différentes sécheresses et hivers à venir, je sonde, en plein milieu de l’aliénation institutionnalisée, quelques moments fugaces d’enchevêtrement. Ces derniers sont des entre-deux où il est possible de trouver des alliés. On pourrait les envisager comme des communs latents. Ils sont latents en deux sens : premièrement, bien que disséminés un peu partout, on ne les remarque que rarement et, deuxièmement, ils sont juste à l’état de bourgeonnement. Ils bouillonnent de possibilités non réalisées : ils sont insaisissables. Ils sont ce que l’on entend dans l’écoute politique de Brown et sont liés aux arts de l’observation. Ils requièrent d’élargir le concept des communs. Je les caractériserai donc de manière négative : Les communs latents ne sont pas des enclaves exclusivement humaines. Ouvrir les communs à d’autres êtres bouleverse tout. Une fois inclus les parasites et les maladies, difficile d’espérer l’harmonie : le lion ne dormira pas côte à côte avec l’agneau. Puis les organismes ne font pas que se manger les uns les autres : ils fabriquent aussi des écologies divergentes. Les communs latents sont ces enchevêtrements mutualistes et non antagonistes que l’on peut trouver au sein de ce jeu confus.

Un aperçu des thématiques qui m’occuperont : #citoyenneté #communs #design #politiques_publiques #confiance #participation #numérique #innovation

Vous n’avez rien compris à ce qui précède ? Vous trouvé que le type qui a écrit ça est complètement perché ? Il est possible que vous ayez raison… ou pas. Abonnez-vous aux mises à jour, au pire vous accrocherez à quelques billets 🙂

Reprendre la main, ou la laisser à la biométrie ?