Le détour par la Cité athénienne comporte un avantage indéniable, puisqu’elle permet de mettre au jour l’origine étymologique du terme démocratie, qui est très souvent défini comme le pouvoir (kratos) du peuple (dêmos). Or, le mot dêmos ne renvoie pas d’abord à la totalité des membres d’une communauté politique, mais bien au «dème», c’est-à-dire à la circonscription administrative de base de la vie civique athénienne.

En 508 av. J.-C., le grand réformateur Clisthène modifia profondément le système politique athénien en remplaçant les anciennes structures politiques fondées sur la richesse et les groupes familiaux par un système de division territoriale permettant d’étendre la participation populaire. Cette réforme visait notamment à contrer le pouvoir de classe des élites et des clans.

Comme le souligne Moses I. Finley, «c’est désormais le lieu, et non plus la naissance qui fonde le système des relations et du contrôle politique. Les dèmes représentaient des quartiers ou des villages, qui étaient regroupés en trittyes, puis en tribus qui formaient enfin la Cité (polis).

La fonction du dème était triple: 1) organiser le territoire politique de la Cité en reliant la ville, l’intérieur et la côte; 2) assurer l’autogestion des services locaux et former les citoyens aux pratiques d’autogouvernement; 3) servir de base à la sélection des membres du Conseil des Cinq Cents (boulê). Cette brève présentation permet de tirer deux constats. D’une part, l’unité démocratique de base n’est pas l’État, ni même la ville, mais le milieu de vie ou le voisinage, lequel permet de préparer les individus à participer directement à l’exercice du pouvoir politique au sein de l’assemblée citoyenne (ekklèsia). D’autre part, le mécanisme de sélection des membres de la boulê n’était pas basé sur le vote mais sur le tirage au sort (parmi une banque de volontaires).

Ainsi, la démocratie athénienne n’était pas fondée sur le principe de représentation, mais sur l’idée de rotation des charges et de la participation citoyenne directe aux affaires publiques.

source : À nous la ville!: Traité de municipalisme de Jonathan Durand Folco