Home $ Sérendi-pépites $ Génération offensée

Un livre efficace pour aborder l'antiracisme aujourdhui

Un livre très intéressant pour comprendre le passage du droit à l’indifférence au droit à la différence.

Le propos est clair, étayé et abondamment illustré. Je pense en revanche que l’accusation des “réseaux sociaux” comme un bloc homogène n’est pas pertinente manque cruellement de subtilité…

Quoi qu’il en soit, ce livre est l’occasion pour moi de mieux comprendre ce qu’on entend par “appropriation culturelle”, dont l’origine est celle d’une vision maximaliste du copyright, ce qui est quand on y pense, assez fascinant et résonne avec le mouvement des enclosures et du repli sur soi.

Identité vs universalisme

Ces polémiques confrontent deux visions de l’antiracisme, qui s’entrechoquent et se combattent. D’un côté, l’antiracisme qui réclame l’égalité de traitement au nom de l’universel. De l’autre, l’antiracisme qui exige un traitement particulier au nom de l’identité. Le premier est universaliste. Le second est identitaire.

 

Des professeurs qui prennent des pincettes avec ce que la littérature porte de subversif

Des élèves disent redouter que certaines œuvres ne leur fassent « revivre leurs démons ». N’est-ce pas la raison d’être de la littérature ? À quoi sert de se cultiver sans ressentir ? Bien des syndicats d’étudiants ont tranché. Ils exigent un « droit de retrait » en cas de contenus sensibles. Vous avez bien entendu. Les professeurs doivent les « avertir » en cas de contenus potentiellement troublants… Et les élèves ont le droit de s’abstenir, par avance, d’assister à ce cours potentiellement perturbant. C’est la revendication, explicite, formulée par des étudiants de plusieurs universités prestigieuses.

La détestation du métissage prend racine dans... le droit d'auteur

 Cette dérive, on la doit d’abord au radicalisme séparatiste du Black feminism, mais pas seulement. On retrouve ce glissement – faut-il parler d’appropriation ? – chez une avocate blanche, puissante et connue, nommée Susan Scafidi. Professeure à l’université Fordham, sa spécialité est de protéger la mode et les designers des copieurs. Une approche commerciale qui va déterminer sa définition du concept d’appropriation culturelle. Au point de lui tailler un costume trop grand dans un livre, Qui détient la culture ?, paru en 2005 et qui est cité comme une référence depuis.

(…)

Inspirée par sa réflexion professionnelle sur le copyright, sa définition s’éloigne du cercle précis tracé par Oxford. Selon elle, l’appropriation culturelle désigne le fait de « s’emparer de la propriété intellectuelle, du savoir traditionnel, des expressions culturelles, des artefacts de la culture d’un autre sans sa permission ». Mine de rien, en quelques mots, nous avons perdu l’intention de « dominer » ou d’« exploiter ». Ce qui est pourtant crucial.

 

 

Le problème de la victimisation

Une part non négligeable de l’hystérie collective actuelle tient à l’épiderme, extrêmement douillet, des nouvelles générations. Et plus encore au fait qu’on leur a appris à se plaindre pour exister. Les sociétés de l’honneur flattaient l’héroïsme, au prix d’un virilisme guerrier. Les sociétés contemporaines ont placé le statut de victime tout en haut du podium. Pour de bonnes raisons. Inverser le rapport de force, renverser les dominations, tenir compte des plus faibles. L’excès commence lorsque la victimisation tend à faire taire d’autres voix, et non des dominants.

Du droit à l'indifférence au droit à la différence

Le souci commence lorsqu’on applique une vision séparatiste de l’identité aux êtres et à la culture. Au point d’interdire le mélange, les échanges, les emprunts. Au point de confondre inspiration et appropriation. Ce raccourci mène moins à l’égalité qu’à la revanche. Il ne favorise pas le mélange, mais l’autoségrégation. En revendiquant un traitement particulier, comme le droit à la parole ou à la création sur critères ethniques, on maintient des catégories, des façons de penser, qu’utiliseront les dominants pour justifier leurs préjugés et passer pour des victimes.

C’est tout le problème du droit à la différence. Au lieu d’effacer les stéréotypes, il les conforte, et finit par mettre les identités en concurrence. De plus en plus de Blancs se montrent sensibles à la propagande haineuse de l’alt-right leur faisant croire qu’ils sont en train de devenir une minorité en danger. Cela empire si des activistes noirs se mettent à interdire à des Blancs de parler ou de créer. Ces excès du politiquement correct ont clairement permis à Donald Trump de prendre sa revanche après le double mandat de Barack Obama, grâce à un langage totalement débridé.

 

Creative Commons License
Except where otherwise noted, Symbioses Citoyennes by Silvère Mercier is licensed under a Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International License.