La défiance est généralisée, en France, en Europe et aux USA

Il semble donc qu’un même schéma se retrouve partout en Europe et aux États-Unis, à quelques rares exceptions près, à l’image de ce que nous avons analysé dans le cas français. La radicalité des forces antisystème est intimement liée au mal-être de leurs soutiens. Les enquêtes internationales témoignent d’une inquiétante dégradation de la confiance dans le gouvernement, le Parlement et la justice dans la plupart des démocraties occidentales au cours des dernières décennies, à l’exception de quelques rares pays tels que l’Allemagne. Selon l’enquête du World Values Survey qui offre le plus grand recul historique de 1981 à 2014 sur cette question, la part des personnes qui ne font pas confiance au Parlement a progressé de 47 % à 77 % aux États-Unis, de 37 % à 64 % en France, et de 60 % à 77 % en Grande-Bretagne. Cette dégradation s’est accélérée avec la crise financière, particulièrement en Europe où les États ont été incapables de se coordonner sur des politiques budgétaires ambitieuses et ont opté pour des politiques d’austérité prolongeant les effets dramatiques de la crise.

La question de la protection est fondamentale

Un livre trop riche en chiffres mais qui se résume finalement à une idée-clé fondamentale qui est assez intuitive : la confiance interpersonnelle devient un facteur-clé de compréhension de la montée des populismes. C’est bien le récit de la “protection contre les autres” qui fonctionne pour l’Extrême-droite.

La question de la protection est fondamentale

L’autre axe s’étend de Le Pen à Macron. C’est l’opposition « perdants-gagnants », aussi bien en termes de diplômes que de revenus. L’un des messages principaux de notre ouvrage est que les termes de cette opposition sont très différents de la polarisation gauche-droite traditionnelle. Aucun de ces deux camps ne semble par exemple véritablement concerné par les problèmes de redistribution. Ainsi, la réponse à la question présentée en introduction : « Faut-il prendre aux riches pour redistribuer aux pauvres ? » indique que ni les électeurs de Macron ni ceux de Le Pen ne sont particulièrement intéressés par les questions de redistribution. Leurs lignes d’affrontement portent sur la question des frontières, qu’il s’agisse de la mondialisation en général ou de l’Europe en particulier. C’est davantage la question de la protection que celle de la redistribution qui est au cœur de cette opposition, parfois qualifiée d’axe « ouvert-fermé ».

La confiance comme clé de voûte

Contrairement à l’idée selon laquelle le vote serait principalement déterminé par l’appartenance à une classe sociale, caractérisée par une occupation socioprofessionnelle ou un niveau de revenu, les dernières grandes élections en France font apparaître une opposition de plus en plus marquée entre les pessimistes et les optimistes. Les premiers votent Le Pen, les seconds Macron. (…)

Être en colère et en même temps disposer d’un fort capital de confiance entretient le vote de la gauche radicale. À l’inverse, être en colère et en même temps fortement méfiant à l’égard d’autrui reste la meilleure combinaison émotion-subjectivité pour voter en faveur de la droite populiste.

 

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